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Révisez votre plan de vol : qui dit virage numérique dit transformation d’entreprise


Partie 3 : L’évolution numérique au sein d’une entreprise

Réussir un virage numérique nécessite bien plus que l’adoption de nouvelles technologies. Il faut suivre une démarche qui repose sur une réorganisation complète des opérations, des objectifs d’affaires et même de la philosophie d’entreprise. Passer au numérique, est-ce un état d’esprit? Si oui, comment instiller une culture d’innovation technologique dans des organisations campées dans leurs traditions?

Pour aborder ces questions, quatre experts numériques de Sid Lee confrontent leurs idées en table ronde. Discussion entre les associés : Julie Provençal, vice-présidente exécutive; Yanick Bédard, vice-président, Stratégie; Christian Quenneville, vice-président, Développement des affaires; et Éric Briand, vice-président, Solutions numériques et partenariats.

La discussion a été animée par Jean-François Légaré, directeur éditorial chez Sid Lee.

Règle 1 : oubliez l'idée du logiciel qui règle tout

JFL : Les clients qui veulent transformer leur entreprise numériquement commencent souvent par se demander : « Quel logiciel dois-je acheter? » Que leur répondez-vous?

YB : C’est de la pensée magique. Premièrement : tu dois t’enlever cette idée de solution clés en main de la tête. Elle n’existe pas. Deuxièmement : tu dois changer tes processus opérationnels. Troisièmement : tu dois potentiellement changer tes produits et tes services.

JP : C’est bien plus épeurant de changer ses processus, ses produits et ses services que de dépenser 14 millions de dollars pour une solution qui fait tout. Pire encore, beaucoup de clients achètent une Mercedes, alors qu’ils ont besoin d’une Jetta. Et même, savent-ils changer les vitesses de la Jetta?

Règle 2 : délaissez la planification annuelle

JFL : Quelle pratique d’entreprise jugez-vous désuète à l’heure du numérique?

CQ : Le processus de planification stratégique. Malheureusement, la plupart des clients planifient encore leurs activités sur une base annuelle. Ils font le bilan de l’année précédente et planifient ensuite l’année suivante. Il faut que ça change.

YB : Les entrepreneurs devraient tous se demander de quoi pourrait mourir leur entreprise dans cinq ans.

EB : Les gens ont peur. Ils se disent : « Oui, mais dans cinq ans, on ne sait pas. » Il faut quand même faire l’exercice et voir plus loin. Il faut penser aux différents scénarios possibles et se poser les bonnes questions.

Règle 3 : cherchez la critique partout où vous allez

JFL : Si vous n’aviez qu’un seul conseil à donner à un entrepreneur qui veut faire passer son entreprise à l’heure du numérique, quel serait-il?

CQ : J’invite tous les entrepreneurs à se promener sur la planète, à interroger leurs clients, leurs concurrents, leurs confrères, bref, à prendre le pouls du marché. Ils doivent faire autre chose qu’une analyse comparative, sinon, ils seront toujours à la traîne.

YB : J’ai rencontré un homme d’affaires australien à C2 Montréal, l’an dernier. Il visait le Canada comme deuxième marché d’expansion. Il venait ici pour tâter le terrain et ne connaissait personne. Il a rencontré 350 personnes en 3 jours et leur a demandé : « Poke holes in my business. » (Dites-moi ce qui ne fonctionnera pas.) Il voulait connaître les risques et les problèmes. Il voulait tout savoir, question de bien se préparer.

JP : C’est important de s’entourer de gens qui ne pensent pas comme soi et de savoir accepter la critique. En tant qu’employeur, il ne faut pas hésiter à engager des employés issus de milieux différents. S’il n’y a pas de confrontation dans une équipe, il y a un problème.

CQ : On vit dans une époque de conformité. Ce phénomène s’est accru avec les algorithmes des médias sociaux. On est exposé aux idées de gens qui pensent comme nous, ce qui nous conforte dans notre façon de penser. Quand tout le monde est pareil, c’est difficile d’évoluer.    

Règle 4 : incitez vos employés à se tromper

JFL : Comment inculquer des valeurs d’innovation dans une entreprise plus réticente au changement?

YB : Il faut commencer par accorder à ses employés le droit de consacrer entre 15 % et 20 % de leur temps à des essais et de se tromper, pour essayer des choses. Grâce à cette mesure, on peut doubler sa capacité d’innovation.

CQ : Il faut aussi accepter que les idées puissent provenir de tout le monde, peu importe leur poste. Tant mieux si un coordonnateur a une meilleure idée que celle du directeur et qu’il le met au défi.

EB : Je vois souvent des clients qui n’encouragent pas la saine collaboration. Il y a des gens qui ont un profil carriériste et ne pensent qu’à leur propre cheminement dans la hiérarchie. Pour innover, il faut mettre l’égo de côté et collaborer avec tous les employés.

CQ : Les employés sont les porteurs du changement. Il faut les consulter et réellement les impliquer dans les décisions de l’entreprise. Les principes de satisfaction client s’appliquent aussi aux travailleurs : évaluer les besoins, créer des campagnes et s’adapter.

En d’autres mots, il faut que l’innovation technologique devienne plus qu’une façon de faire. Il faut qu’elle devienne une façon d’être.

Les opinions exprimées dans ce billet sont celles de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement celles de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. En conséquence, la Chambre ne peut en aucun cas être tenue responsable du contenu publié.