Discours - conférencier : M. Daniel Lamarre, président et chef de la direction, Groupe TVA Montréal au cœur d'un Québec réinventé qui rejette la médecine à deux vitesses


Discours prononcé par M. Daniel Lamarre
Président et chef de la direction, Groupe TVA

Le 22 février 2000

Madame la Ministre,
Distingués invités d'honneur,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens d'abord à remercier la Chambre de commerce du Montréal métropolitain de m'avoir invité à cette tribune pour vous parler de la créativité et de son vaste potentiel comme levier économique. Mon exposé s'appuiera évidemment sur l'expérience du Groupe TVA en production audiovisuelle et depuis plus récemment, dans les domaines d'Internet et de l'édition de magazine.

Vous savez, jusqu'à tout récemment, la culture, le divertissement et l'information n'étaient pas perçus comme des secteurs de développement de l'économie. Tout ce qui avait un volet un peu artistique était traité en marge de notre communauté d'affaires.

Aujourd'hui, tout tend à démontrer que la nouvelle économie sera celle de l'information et du divertissement et qu'elle sera particulièrement influencée par l'émergence de nouvelles plates-formes de diffusion dont, bien sûr, Internet.

Dans cette convergence inévitable des médias, les producteurs de contenu, comme TVA, ont un avantage concurrentiel et stratégique inestimable. C'est sur cette position unique que nous comptons capitaliser au cours des prochaines années pour doter le Québec d'une entreprise de contenu internationale.

Dans son fameux livre «The Entertainment Economy», Michael Wolfe explique comment la nouvelle économie sera façonnée par tout le secteur de l'information et du divertissement. Quelle bonne nouvelle pour toute l'industrie du divertissement et du contenu. Quelle bonne nouvelle pour le Québec qui a en main tous les ingrédients pour se démarquer dans un tel contexte.

Les Québécois ont un génie créatif exceptionnel. Avant d'aller plus loin, on peut se demander ce qu'est la créativité… En deux mots, c'est constamment se remettre en question ; c'est se demander chaque heure de chaque journée ce que l'on peut faire pour s'améliorer, pour plaire davantage à nos publics et à nos clients.

Plusieurs artistes et entreprises québécoises ont maintenant une renommée internationale. Je pense bien sûr au Cirque du Soleil, à Notre-Dame de Paris, à Softimage ou à Céline Dion. Toutefois, il y a aussi d'autres créateurs qui défraient moins souvent la manchette ici, mais n'en sont pas moins de vibrants exemples de notre vitalité. Pour ne citer que quelques exemples :

  • les troupes de théâtre jeune public Les 2 mondes et Le Carrousel ;
  • le chorégraphe Édouard Lock ou la troupe de danse O'Vertigo ;
  • ou l'auteur dramatique Normand Chaurette qui a été le premier Québécois à avoir une pièce montée par la Comédie Française…

Ces exemples démontrent qu'il y a chez nous une richesse naturelle que nous devons exploiter au maximum, soit la force vive de nos créateurs, artistes et artisans. Non seulement méritent-ils notre appui, mais ils sont au cœur d'un secteur économique en plein développement.

En télévision, la situation est tout aussi frappante. Contrairement à ce qui se passe dans le reste du Canada, la télévision québécoise est un exemple de réussite exceptionnelle. Le Québec tourne à son avantage sa position linguistique minoritaire en Amérique du Nord, ce que le Canada anglais n'arrive pas à faire. Pour illustrer cette situation, je vous cite certains résultats des sondages BBM couvrant la période de l'automne 98 au printemps 99.

  • Du côté francophone, les 25 émissions les plus regardées étaient toutes produites au Québec. Au Canada anglais, seulement 4 des 25 émissions anglophones les plus populaires sont canadiennes.
  • Les 25 émissions québécoises les plus performantes obtiennent en moyenne des cotes d'écoute de 4 à 5 fois supérieures à celles des émissions anglophones les plus populaires.

Si vous doutez encore de l'importance de la télévision au Québec, permettez-moi d'insister en comparant nos chiffres à ceux des émissions américaines.

Guy Mongrain et l'équipe de Salut, bonjour ! obtiennent une part de marché deux fois plus importante proportionnellement que la fameuse émission Good Morning America. Pierre Bruneau et Simon Durivage ont des résultats de beaucoup supérieurs à ceux des grandes vedettes de l'information aux États-Unis.

Au cinéma, on assiste également à un phénomène semblable depuis quelques années. Le seul endroit au monde où le film Titanic n'a pas occupé la première position lors de son lancement, c'est au Québec où il a été devancé par le film Les Boys de Louis Saïa.

Chez nous, plus récemment, TVA a décidé de mettre en ondes des films québécois en pleine période de sondage. C'était une première. Avec les films Liste noire, L'homme idéal et J'en suis, TVA a gagné son pari avec des films d'ici. Nous avons obtenu, pour des films québécois, des cotes d'écoute de plus d'un million de téléspectateurs.

Cette particularité québécoise explique pourquoi le nombre d'emplois en production audiovisuelle augmente beaucoup plus ici (en moyenne de 19 % par année) que dans les autres régions du Canada (où la croissance atteint en moyenne 11 % annuellement).

Devant de pareils résultats, on peut remettre en perspective le développement de la télévision francophone afin de mieux comprendre la formidable histoire de son succès.

La réglementation canadienne en matière de radiodiffusion représente un indispensable coup de pouce pour l'émulation de la télévision francophone. Tout le reste résulte de la transformation d'obligations en véritable passion, qui a engendré un attachement très profond des téléspectateurs francophones pour leur télévision et leurs émissions. À tel point que la demande pour les émissions étrangères a chuté dramatiquement au cours des vingt dernières années, même s'il subsiste encore quelques cases pour la diffusion de films et de séries étrangères. Inversement, le contenu canadien présenté sur notre réseau, soit 85 % de notre budget, et par l'ensemble des chaînes francophones dépasse généralement les attentes réglementaires.

Pour illustrer mon propos, j'ai décortiqué pour vous notre grille de cette semaine. Nous diffusons 119 heures d'émissions sur sept jours, dont au minimum 88 heures de production québécoise, ce qui n'inclut pas les émissions spéciales ni les films. Ces émissions sont produites par notre filiale JPL Production, par notre service de l'information ou par une quinzaine de producteurs indépendants en partenariat avec nous.

En fait, chaque année, TVA verse plus de 14 millions de dollars aux producteurs indépendants québécois et nous augmentons ce budget d'année en année.

Les industries culturelles sont rentables. Au Québec, la production audiovisuelle dans son ensemble génère 31 000 emplois, dont 12 500 emplois directs. Les producteurs indépendants de télévision et de cinéma sont au nombre de 148 au Québec. Pour un financement public de 137,3 millions de dollars en production télévisuelle, les budgets de production ont atteint 426 millions de dollars en 1998-1999 et ont généré des retombées directes et indirectes de l'ordre de 380 millions.

Les infrastructures de la télévision québécoise d'aujourd'hui sont modernes, le talent de ses créateurs est incomparable et le savoir-faire de ses artisans ne cesse d'attirer les regards des collègues du monde entier. Et il ne fait pas de doute que la télévision québécoise occupe aujourd'hui une position qui la prépare mieux à relever les défis de l'avenir, y compris ceux de la concurrence.

Au Québec, TVA est un joueur important. Le Groupe TVA compte 1 500 employés qui sont autant de créateurs, chacun dans son domaine :

  • les employés de l'administration et des finances déploient des trésors d'imagination pour nous aider à gérer plus efficacement l'entreprise et trouver des montages financiers avec de nombreux partenaires ;
  • les techniciens de tous les métiers s'efforcent de maximiser le potentiel technique de nos équipements ;
  • et bien entendu les concepteurs des décors et costumes, les auteurs de séries et de téléromans, les créateurs et concepteurs d'émissions, les acteurs et les animateurs qui se renouvellent sans cesse pour rafraîchir et réactualiser notre image.

TVA, c'est donc une belle machine de contenu. Notre valeur boursière est passée de 180 millions à 800 millions de dollars au cours des trois dernières années. Si ça peut paraître gros pour certains, dites-vous que nous sommes encore petits lorsque nous nous comparons à CanWest et CTV au Canada anglais et aux grands géants américains.

Nous devons donc continuer à nous développer au Canada pour maintenir notre croissance. Nous le ferons en continuant de générer de nouvelles sources de revenus comme le télé-achat, les produits dérivés et la créativité média. Avec les publications de Trustar et notre entreprise Internet NETgraphe, nous comptons créer le plus grand site de divertissement de la Francophonie.

D'autre part, je vous annonce aujourd'hui que TVA sera très actif pour obtenir de nouvelles licences de canaux spécialisés français et anglais afin d'avoir de nouvelles plates-formes de diffusion pour nos contenus.

Cette position importante chez nous et notre créativité vont nous servir de tremplin pour les marchés internationaux. Je suis convaincu que le développement de notre créativité et de nos talents représente notre meilleur outil pour continuer à se tailler une place sur les marchés mondiaux et continuer à desservir les attentes de nos téléspectateurs. Le Canada représente déjà une force à cet égard, mais il faut multiplier nos efforts pour nous dégager de l'emprise étrangère et imposer de plus en plus la compétence de nos concepteurs, de nos auteurs, de nos créateurs et de nos artistes.

Les règles les plus élémentaires du fonctionnement de l'économie nous indiquent que les coûts de production d'un bien ou d'un service se justifient par un marché. Or, la taille des marchés canadiens - francophone ou anglophone - ne peut permettre le financement d'œuvres culturelles en amortissant leur coût uniquement au Canada.

Notre filiale TVA International nous fournit un exemple parfait de créativité comme levier de réussite sur les marchés internationaux. Notre trentaine d'années d'expérience en production télévisuelle locale nous a bien servis.

Les étrangers veulent voir nos productions. La valeur des exportations de productions audiovisuelles québécoises est passée de 2 millions de dollars en 1988 à 54 millions, soit 27 fois plus, en neuf ans seulement.

TVA International a pour mandat de devenir un leader dans le développement, la production et la distribution d'œuvres audiovisuelles exploitées à l'échelle de la planète. Le portefeuille de TVA International inclura donc des films pour la télévision, des émissions de divertissement et d'animation, des documentaires, des séries dramatiques ou humoristiques. Pour remplir ce mandat ambitieux, TVA International a forgé des alliances avec de grandes entreprises américaines, canadiennes et européennes, et dispose d'un fonds de production de 50 millions de dollars.

Depuis sa création, TVA International a produit quatre films pour la télévision. En vertu d'une entente avec le réseau américain Fox, ces films ont été diffusés aux heures de grande écoute et ont attiré l'attention des téléspectateurs et des critiques. Ils ont été vendus dans la plupart des pays d'Europe, dont l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la France. Trois autres films seront produits et diffusés également à Fox. L'avenir est prometteur puisque TVA International détient les droits sur une douzaine de scénarios dont la production devrait débuter bientôt.

Pour illustrer nos visées internationales, je vais vous résumer l'épopée de notre prochain projet avec le Cirque du Soleil. Nous avons conçu avec les créateurs du Cirque une émission de variétés destinée aux marchés internationaux.

Peter Wagg, le directeur général de Cirque du Soleil Images, résume ainsi cette série de 13 émissions d'une heure : «When Ed Sullivan meets Saturday Night Live», c'est-à-dire un heureux mariage de numéros de variétés, de comédie, de mime, de sketches, de musique et de chanson.

Cette série d'émissions, qui dispose d'un budget de 13 millions de dollars, sera produite en français et en anglais dans les studios de TVA et emploiera une centaine de personnes. En passant, le Groupe TVA possède ici à Montréal parmi les plus gros studios en Amérique du Nord.

La production débutera cet été, et nous avons déjà vendu les droits de la première diffusion, ce que nous appelons la «première fenêtre», à The Movie Network, Super Écran et Bravo. La série sera ultérieurement proposée aux réseaux de télévision conventionnelle et pour la vidéo domestique. Cette facilité que nous avons eue à vendre cette production témoigne des excellentes relations que TVA entretient avec les réseaux de télévision spécialisée et conventionnelle à travers le Canada.

Sur le plan international, nous avons également en chantier Le Projet Commodore, une émission d'aventure que nous avons conçue et que nous coproduirons ici avec la maison française Expand Images à qui l'on doit également les succès de Fort Boyard et Les Forges du désert.

Comme vous le voyez, notre philosophie de développement international est basée sur le partenariat, la mise en commun de différents types de savoir-faire et de créativité qui s'articule autour de deux axes. Notre premier axe réside dans le partenariat et la mise en commun d'expertises, de ressources financières et d'alliances pour assurer la diffusion de nos productions. Deuxièmement, nous conservons le contrôle des contenus et des droits, ce qui pour nous est un des gages d'avenir pour nos ambitions internationales. Par exemple, dans les projets que je viens de vous décrire, le Groupe TVA et ses partenaires partagent les droits à parts égales.

Pourquoi croyons-nous que TVA peut devenir un producteur de contenu de classe mondiale ? Parce que TVA a une expertise inégalée en production. Nous produisons 1 500 heures de télévision par année. Si nous pouvons transformer ce centre de production local en un centre de production international, non seulement nous créerons de la valeur pour nos actionnaires, nous deviendrons également un tremplin de création pour nos artistes et un moteur économique pour le Québec.

Pourquoi nous réussirons ? Parce que nous avons une approche réaliste avec des partenaires solides. Avec des entreprises comme M6, le réseau privé le plus rentable présentement en France, le réseau Fox aux États-Unis, le Cirque du Soleil et de nombreux autres à venir, nous bâtirons en minimisant nos risques.

Pourquoi nous réussirons ? Parce que nous sommes habitués de travailler avec les artistes. Nous savons qu'ils ont besoin de liberté pour créer et exprimer leurs idées. C'est en leur faisant confiance que nous avons réussi au Québec. C'est en leur faisant confiance que nous réussirons à l'international.

Pourquoi nous réussirons ? Parce que TVA, ce n'est pas un «one man show». C'est une équipe forte et passionnée. Avec Raynald, Brière, Joane Demers, Jean-Paul Leclair, André Provencher et Robert Trempe, nous avons constitué un noyau fort autour duquel gravitent des dizaines de gestionnaires chevronnés et plus de 1 500 employés dévoués.

Pourquoi nous réussirons ? Parce que nous misons avec NETgraphe sur une plate-forme de développement Internet qui nous permettra de devenir rapidement un joueur important dans les contenus francophones et anglophones.

Pourquoi nous réussirons ? Parce que nous misons sur un actionnaire de contrôle, la famille Chagnon, qui est commis à notre plan de développement. Les Chagnon sont des gens de télévision. Ils aiment la télévision, ils nous appuient dans nos projets. Je comprends en lisant les journaux et en écoutant les rumeurs que beaucoup de gens envient leur position. J'aimerais profiter de la présence d'André Chagnon pour le remercier de son appui indéfectible. C'est une source de grande motivation pour toute notre équipe. Avec le soutien de la famille Chagnon et d'un conseil d'administration très fort, TVA peut maintenant aspirer aux plus grands rêves.

En terminant, permettez-moi un petit commentaire éditorial. Dans une industrie émergeante comme la nôtre, le partenariat entre l'entreprise privée et le gouvernement demeure essentiel. Quand vous fréquentez les grands marchés audiovisuels internationaux comme le MIP à Cannes et le NATPE aux États-Unis, vous constatez que de nombreux pays multiplient les programmes incitatifs pour attirer des productions chez eux. Pour continuer notre progression sur la scène internationale, il faudra jouer selon les mêmes règles afin de conserver un avantage concurrentiel. Je comprends que certaines situations aient soulevé des inquiétudes quant à l'utilisation des fonds publics.

Je me réjouis que les organismes gouvernementaux s'engagent à resserrer la gestion de leurs programmes… mais au-delà de ces accidents de parcours, il faut continuer à nous battre ensemble pour aller chercher notre juste part du marché international. Madame la ministre Louise Beaudoin, qui a été l'une des premières à comprendre que la culture, ça pouvait être payant, a maintenant le lourd défi de l'international. Madame Beaudoin, chez TVA, nous disons «présents». Nous voulons continuer à jouer un rôle sur la scène internationale.

Il ne faut pas laisser nos petites guerres internes miner un projet international de grande envergure. Au Québec, TVA doit jouer son rôle de diffuseur et travailler en partenariat avec les producteurs indépendants tout en protégeant les emplois de ses 1 500 employés.

À l'international, TVA devra continuer de croître à un rythme exponentiel pour permettre à l'industrie québécoise de prendre une place de choix.

À TVA, on a pris le virage croissance. Nous voulons créer à Montréal une entreprise de contenu télévisuelle et Internet ayant des ambitions internationales.

Dans le milieu financier, nous parlons d'une vision corporative. Chez TVA, dans une entreprise de création et de contenu, vous avez une équipe de passionnés qui parlent d'un rêve. Notre rêve : créer chez nous une entreprise de contenu de classe internationale.

Merci.

 

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