Les dépenses militaires du Canada s'accélèrent.
Ottawa investit plus de 63 milliards de dollars dans la défense pour la seule année 2025-2026, soutenant 81 000 emplois à l'échelle nationale. De plus, au cours de la prochaine décennie, le gouvernement fédéral a déclaré qu'il prévoyait de « débloquer » 500 milliards de dollars alors que le Canada œuvre à atteindre les objectifs de l'OTAN. La majeure partie de ces dépenses est allouée à l'achat ou à l'entretien d'équipements dans tous les domaines : aérien, maritime et terrestre.
Ces dépenses sans précédent sont renforcées par la nouvelle Stratégie industrielle de défense du gouvernement fédéral et de son approche « Construire, collaborer, acheter », qui vise à donner la priorité aux fournisseurs canadiens au sein du processus d'approvisionnement. Associées à des investissements ciblés dans des entreprises clés du secteur de la défense à travers le pays, notamment au Québec, ces mesures constituent une opportunité économique considérable pour l'industrie nationale.
L'ampleur de cette opportunité peut toutefois sembler déconcertante, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME) qui souhaitent pénétrer le marché de la défense.
« Chaque entreprise du pays devrait, en principe, disposer d'une stratégie de défense », a déclaré l'année dernière le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
Cela est bien compris alors que les organisations s'adaptent déjà à ces perspectives de dépenses. Cependant, mettre en place une chaîne d'approvisionnement nationale durable, capable de s'adapter rapidement tout en intégrant de manière significative les acteurs locaux, comme le souhaite le gouvernement, n'est pas une mince affaire.
Pour relever le défi d’accroître la capacité du marché dans un contexte d'investissements à des niveaux sans précédent, un facteur essentiel est déterminant : la collaboration. Pourquoi? Parce qu'à mesure que la demande explose, le marché de la défense dépend de plus en plus d'un paysage industriel élargi qui s'étend bien au-delà des grandes organisations.
Dans ce contexte, des entreprises comme AtkinsRéalis jouent un rôle central d’intégrateur en réunissant les capacités de l’ensemble de l’écosystème de la défense.
En tant qu’entreprise d’ingénierie et d’énergie nucléaire fondée et basée au Canada, qui emploie 9 000 personnes au pays, nous comptons parmi les principaux fournisseurs de Construction de défense Canada. Nous avons également participé à certains des plus grands programmes de défense au monde. Cela nous confère une perspective unique de la manière dont les infrastructures, l’innovation et le contenu local canadien peuvent se conjuguer.
Dans cette optique, nous savons que, pour s'implanter dans le secteur de la défense, il faut s'appuyer sur trois principes fondamentaux. Cela est particulièrement vrai pour les petites et moyennes entreprises canadiennes, qui représentent 92 % des entreprises et 40 % des emplois du secteur de la défense au Canada.
1. Travailler dans le secteur de la défense est très différent des autres industries.
Le marché de la défense est un secteur fortement réglementé, où les projets exigent des processus de conformité rigoureux et des normes de sécurité élevées.
Pour les PME, en particulier celles qui font leurs premiers pas dans ce domaine, il est donc essentiel de nouer des partenariats. Collaborer avec des organisations disposant d'installations certifiées, d'un personnel expérimenté et des habilitations de sécurité requises permet aux plus petites entreprises de participer à des projets classifiés tout en s'adaptant aux exigences complexes en matière d'approvisionnement et aux attentes du secteur public.
2. L'industrie de la défense canadienne deviendra de plus en plus accessible aux plus petits acteurs qui s'associeront aux bons partenaires.
Les contraintes de capacité liées à la réalisation de projets en parallèle font que les grandes initiatives de défense ne peuvent plus être menées à bien par un nombre restreint d'acteurs.
On assiste déjà à une large mobilisation de la base industrielle de défense du Canada, qui rassemble des fournisseurs de toutes tailles. Pour les plus petites entreprises opérant dans les bons créneaux et s'associant aux bons partenaires, cela représente une opportunité concrète d'entrer sur le marché de la défense et d'y être compétitives.
Ce faisant, la base industrielle de défense du Canada s'élargira, ce qui contribuera à la réalisation d'un objectif central de la politique gouvernementale et augmentera la capacité de livraison à long terme.
3. Le savoir-faire local et autochtone est essentiel.
Une compréhension approfondie des réalités locales et autochtones est un facteur déterminant de réussite. Ce savoir-faire n’a pas besoin d’être développé exclusivement dans le cadre de projets de défense.
Par exemple, AtkinsRéalis s'appuie sur plus de 30 ans de relations de confiance avec les communautés autochtones situées dans le nord du Québec. Celles-ci ont mené à la construction d’infrastructures à fort impact, telles que des écoles, des hôpitaux, des routes, des centres communautaires et des aéroports. Ces partenariats influencent directement notre réflexion sur les programmes de défense de l’Arctique canadien et sur les façons dont de tels projets peuvent être développés en étroite collaboration avec des partenaires autochtones.
La conclusion est claire : le contexte actuel ne laisse pas présager l’émergence au Canada d’une compétition prolongée entre grandes et petites entreprises pour remporter des contrats de défense. Le pays entre plutôt dans une ère où les entreprises de toutes tailles, aux côtés des communautés dans lesquelles elles opèrent, travaillent ensemble en tant que partenaires, alliant leurs forces complémentaires et réalisant des projets à grande échelle.