Triple Boris et Art x Terra : deux industries, un même pari sur le français (in french only)

Ce qui distingue une entreprise qui perdure, ce n’est pas seulement la qualité de ses produits ou de ses services. C’est surtout la culture qu’elle bâtit, les valeurs qu’elle incarne, les choix qu’elle fait et qu’elle assume. Pour Simon Dansereau, cofondateur et président-directeur général de Triple Boris, et Hélène Leblanc, fondatrice d’Art x Terra, ce choix, c’est le français.

À Montréal, où seulement 18 % des personnes en emploi utilisent exclusivement le français au travail, faire de cette langue un pilier organisationnel relève d’un choix à la fois culturel et stratégique.

Deux univers distincts, une même conviction : travailler dans sa langue, c'est travailler à sa pleine mesure. Leurs parcours en sont la meilleure preuve.

Une conviction fondatrice

Chez Triple Boris, studio montréalais de jeux vidéo, le français est inscrit dans l'ADN de l'entreprise depuis le premier jour. Simon Dansereau souhaitait bâtir un espace où chaque personne de l’équipe pourrait s'exprimer pleinement; pour lui, cela passait inévitablement par la langue dans laquelle les idées prennent tout leur élan.

Hélène Leblanc a tracé un chemin similaire en fondant Art x Terra, une plateforme qui enseigne aux artistes des valeurs entrepreneuriales pour les aider à vivre de leur art. Elle a misé d'emblée sur une communauté francophone : des artistes souhaitant se développer professionnellement dans leur langue, avec des codes qui leur ressemblent. Le résultat? Une communauté soudée, fidèle, dont l'attachement à la plateforme se mesure dans la durée.

Ce qui frappe, dans les deux cas, c'est la clarté de la vision. Le français n'était pas un choix anodin : c'était un choix de cohérence, une façon d'aligner la culture d'entreprise sur des valeurs profondes.

Quand la langue devient un levier

Ce que Simon Dansereau et Hélène Leblanc ont en commun, c'est d'avoir compris que la langue française est bien plus qu'un moyen de communication : c'est un positionnement stratégique.

Aujourd’hui, 76 % des personnes qui travaillent au Québec affirment préférer travailler en français, mais dans les faits, environ 66 % l’utilisent plus de 90 % du temps, et une minorité seulement y parvient exclusivement.

Chez les jeunes, cette réalité est encore plus marquée : à Montréal, seulement 36 % des 18 à 34 ans travaillent uniquement en français, tandis qu’environ une personne sur deux utilise régulièrement à la fois le français et l’anglais.

Pour le studio de jeux vidéo, travailler en français crée une forte dynamique au sein de l’équipe. Les membres s'y sentent pleinement à leur place et peuvent exprimer toute leur créativité sans entrave. Cette proximité se reflète dans la qualité des projets et dans la capacité du studio à attirer et à fidéliser des talents qui cherchent exactement ce type d'environnement. Selon le cofondateur, le français est « un levier d'engagement, de performance et de rétention ».

Cette réalité s’inscrit aussi dans une transformation sectorielle : dans les industries de l’information, des services professionnels et des technologies, la part des travailleurs utilisant principalement le français a diminué au profit d’un usage accru de l’anglais.

Les données montrent également que miser sur le français ne complique pas le recrutement. Près de 90 % des entreprises qui privilégient cette langue affirment trouver sans difficulté les ressources dont elles ont besoin. Une réalité qui démontre qu'une langue de travail forte peut contribuer à la cohésion des équipes tout en soutenant la croissance de l'organisation.

Pour sa part, Art x Terra a découvert que le français lui permettait de rejoindre une communauté internationale d'artistes qui n'avaient pas, jusqu'alors, accès à des ressources entrepreneuriales adaptées à leur réalité culturelle. Aujourd'hui, la plateforme compte 1 500 membres dans 16 pays, dont plus de la moitié situés hors Québec.

Ce que propose la fondatrice, c'est un mélange singulier : une approche entrepreneuriale rigoureuse, ancrée dans le respect profond de la culture francophone. Une combinaison à laquelle les artistes francophones s'identifient immédiatement et qui les fidélise à long terme.

Les deux entreprises illustrent une même réalité : quand une organisation assume pleinement son identité francophone, elle ne se ferme pas de portes. Elle en ouvre de nouvelles.

Des gestes qui rayonnent

L'impact de leurs choix ne s'arrête pas aux portes de leurs entreprises. Chez Triple Boris, des capsules ludiques créées pour outiller les membres de l'équipe sur la maîtrise du français ont fini par circuler dans d'autres organisations. Une initiative modeste, née d'un souci de culture interne, transformée en ressource partagée. L'Office québécois de la langue française a reconnu cette démarche, mais Simon Dansereau retient surtout ceci : ce sont les petits gestes constants qui construisent une culture solide; et parfois, ils voyagent loin.

Quant à Hélène Leblanc, elle mesure cet impact à la fidélité de sa communauté. Des artistes francophones du monde entier la suivent depuis des années parce qu'elle leur offre quelque chose d'unique : une approche entrepreneuriale rigoureuse, portée par un respect sincère de leur réalité culturelle. Le succès d'Art x Terra révèle qu'il y avait un besoin réel : une communauté qui attendait d'être rejointe dans sa langue.

Au fond, ce qui unit Simon Dansereau et Hélène Leblanc, c'est d'avoir transformé un choix personnel en modèle collectif.

Un modèle inspirant pour les entreprises

Triple Boris et Art x Terra démontrent qu'il est possible de bâtir des entreprises ambitieuses, ouvertes sur le monde, tout en assumant pleinement leur identité. Le français n'est pas ce qui les distingue malgré leur succès, mais ce qui y contribue.

D’ailleurs, 83 % des entreprises montréalaises estiment que le français contribue à leur réussite, et 79 % considèrent qu’il s’agit d’un investissement rentable. Plus encore, 90 % d’entre elles affirment que l’utilisation du français leur permet de mieux rejoindre leur clientèle locale, ce qui en fait un levier concret de développement des affaires.

Hélène Leblanc invite à explorer le potentiel de la francophonie, en commençant par une étude de marché sérieuse : les besoins sont réels, la communauté est là et le marché francophone offre un terrain de développement riche et solidaire.

Triple Boris livre un message tout aussi inspirant : c'est souvent dans les gestes les plus authentiques que se construit la culture la plus durable. Et une culture forte en français finit par parler d'elle-même.

Dans un contexte où plus de 70 % des personnes sur le marché du travail au Québec utilisent le français comme principale langue de travail, mais où les dynamiques évoluent rapidement, chaque décision en faveur du français contribue à renforcer sa place dans les milieux professionnels.

Et si, au fond, la question devenait : jusqu’où peut-on aller en choisissant le français?

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