Nathalie Petrowski
Chroniqueuse
La Presse

Elle est née la première fois à Paris en France il y a presque un siècle en janvier 1954. Elle a grandi à Nancy en Lorraine avec sa grand-mère russe. Elle est venue retrouver ses parents au Canada à l'âge de 5 ans. Elle a continué à grandir (pas beaucoup) et à apprendre l'anglais, cette fois à Ottawa.

Elle fonde son premier journal en 4ème année à l'École Sainte-Croix. Elle a eu l'idée un soir en se couchant. Une idée prémonitoire. Elle a écrit son premier roman à l'âge de 10 ans. Il faisait deux pages et se terminait abruptement, faute d'inspiration.

Arrivée à Montréal en 1966, elle étudie au Collège Marie de France, puis en Lettres au CEGEP Saint-Laurent et en Communications à l'Université Concordia d'où elle obtient un bac es arts en communications en 75.

Elle ne rêvait pas de devenir journaliste tout comme elle ne rêvait pas d'être mère. Dans un cas comme l'autre, elle n'était visiblement pas à l'écoute d'elle-même. Le journalisme et la maternité sont arrivés dans sa vie par hasard par accident mais pour son plus grand bonheur. Pendant sa dernière année d'université, elle a débuté comme journaliste surnuméraire au Journal de Montréal aux arts et spectacles, une année de fou où le matin elle était à l'université, l'après-midi au journal et le soir, de retour à l'université.

Elle quitte le Journal de Montréal au bout d'un an et demi parce que malgré le bon salaire, la permanence et les frais dentaires, on refusait de lui laisser faire de la critique, ce qui à l'époque l'intéressait déjà beaucoup. Arrivée au Devoir en 76, elle a tenu pendant 7 ans la chronique de spectacles. Elle s'y est fait un nom, une réputation et pas beaucoup d'amis. Au Devoir pendant environ 15 ans, elle a tout fait : du cinéma, du sport, de la sociologie, de la littérature, des faits divers(quand on lui en donnait la rare occasion). Le Devoir fut sa famille, son école et son université. Elle y a tout appris jusqu'au jour où elle a compris qu'il était le temps d'aller voir ailleurs, si elle y était.

Elle est arrivée à la Presse en septembre 92, un an après la naissance de son fils et trois ans avant la publication de Maman last call, un récit d'auto-fiction sur les hauts et les bas d'une future mère au bord de la crise de nerfs.

Parallèlement à sa vie dans la presse écrite, elle a mené une double et parfois même une triple vie. Elle a réalisé un documentaire sur le Cirque du Soleil pour l'ONF- Un cirque en Amérique - en 1988. Elle a passé 6 mois dans le studio du Québec à New York pour écrire son premier roman - Il restera toujours le Nebraska, paru chez Boréal en 1990. Le roman faisait suite à Notes de la salle de rédaction paru chez Saint-Martin en 1984.

Elle a fait de la télé (Bon dimanche- L'Heure de pointe- À première vue- Clin d'œil- La grande Visite- La bande des six). Elle a aussi fait de la radio, à Radio-Canada mais aussi à CKAC où elle a animé pendant trois ans le Grand décompte de l'actualité le samedi matin. Elle a écrit des scénarios pour la télé (Zap et Tribu.com) et pour le cinéma (Maman last call, le film). Elle a même gagné des prix : le prix Jules-Fournier pour la qualité de la langue en journalisme, le prix Judith-Jasmin et le prix du journalisme de loisirs.

Dans Notes de la salle de rédaction, elle a déjà écrit qu'elle aimait mieux être baveuse que plate, une formule empruntée à son idole Réjean Ducharme. C'était vrai à l'époque, ça l'est encore aujourd'hui même si en vieillissant, elle découvre les subtilités de la platitude. Elle a déjà aussi écrit : Lorsqu'on me demande ce que je fais dans la vie, j'hésite avant de répondre journaliste. Je me sens si peu journaliste et si peu représentative de la confrérerie.

C'était vrai à l'époque mais après plus d'un quart de siècle dans le métier, elle est bien obligée d'avouer qu'elle est plus journaliste qu'elle ne veut l'admettre. Chose certaine, ces trop longues années dans le métier ne l'ont pas rendue cynique ni blasée. Son métier la passionne toujours autant. Son sens critique est demeuré le même, bien qu'il ait pris des formes plus subtiles et souterraines. Bref, elle ne voit vraiment pas ce qu'elle aurait pu faire d'autre dans la vie que de regarder le monde autour d'elle et de le donner à voir aux autres.