la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

InnoBahn Ubisoft : Netlift résout un enjeu de mobilité dans le Mile-End

D’un côté, une grande entreprise comme Ubisoft, qui souhaite résoudre les enjeux de mobilité et de transport de ses travailleurs; de l’autre, une start-up montréalaise, Netlift, dont la spécialité est le covoiturage multimodal. La rencontre entre ces deux acteurs semble évidente. Elle s’est concrétisée lors de la première édition d’InnoBahn Ubisoft, en juin dernier. Marc-Antoine Ducas, directeur général de Netlift, nous relate cette expérience.

Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) – Montréal figure parmi les trois principales villes où la congestion routière est la pire au Canada1. Un enjeu pour les habitants comme pour les grandes entreprises?

Marc-Antoine Ducas (M-A. Ducas) – Tout à fait. Des entreprises comme Ubisoft représentent des pôles d’emploi majeurs à Montréal et sont génératrices de déplacements. On parle de plusieurs milliers de personnes qui se rendent chaque jour au travail, et il y a une centaine de pôles d’emploi similaires sur l’île. Ces pôles sont, bien souvent, mal desservis par les transports en commun. C’est un enjeu pour les entreprises, notamment en matière de recrutement. En effet, un potentiel candidat pourrait avoir une réticence à postuler s’il sait qu’il y a un pont à franchir chaque matin pour se rendre sur son lieu de travail; même chose le soir pour retourner chez lui. Cette problématique est commune à beaucoup d’entrepreneurs.

CCMM – Pensez-vous que les entreprises telles qu’Ubisoft peuvent être des moteurs de changement en ce qui a trait à la mobilité des travailleurs?

M-A. Ducas – Oui, et Ubisoft en est conscient. À preuve, ses démarches faites auprès de la Ville et de la STM pour améliorer la fluidité de transport de ses employés. Le changement n’arrivant pas, l’entreprise s’est tournée vers les start-ups en leur soumettant sa problématique à l’occasion d’InnoBahn Ubisoft.

CCMM – Ce qui m’amène à parler de la solution que vous avez proposée à Ubisoft. Le service proposé par Netlift répond précisément aux enjeux du défi soumis.

M-A. Ducas – En effet. Netlift est une application mobile et une plateforme de covoiturage intermodale. Le but est de combiner transport en auto, sous la forme de covoiturage, et transport en commun. Netlift met ainsi en contact des voyageurs et des conducteurs disposés à partager les places vacantes dans leur véhicule, tout en s’arrimant aux horaires des transports collectifs, favorisant ainsi la connexion des trajets.

CCMM – De quel postulat est né Netlift?

M-A. Ducas – L’heure de pointe n’est pas un problème de capacité, mais de logistique. Chaque matin, on compte près de 1,5 million de déplacements en auto solo dans le Grand Montréal, laissant quatre millions de sièges vides. La question est : comment remplir ces véhicules?

Nous avons pensé à un système de covoiturage multimodal, où les transports en commun sont connectés au trajet automobile. Pourquoi? Parce que le covoiturage seul ne fonctionne pas. La probabilité que deux personnes voisines travaillent au même endroit – sans parler de la question des horaires – est infime.

Enfin, qui dit diminution de l’utilisation de l’auto solo dit également réduction du trafic et des gaz à effet de serre.


« L’heure de pointe n’est pas un problème de capacité, mais de logistique » – Marc-Antoine Ducas

CCMM – Uber, Netlift… deux plateformes qui mettent en contact utilisateurs et conducteurs. Alors quelle différence entre les deux?

M-A. Ducas – Uber n’est pas du covoiturage. La définition même du covoiturage, statuée par le ministère des Transports, stipule deux choses. D’une part, le conducteur doit prouver que le transport de passagers est accessoire à son déplacement et non son but premier. La personne aurait de toute manière utilisé son auto pour faire le trajet. D’autre part, le montant échangé doit servir à couvrir les dépenses. Il n’y a pas de notion de profit. On est uniquement dans la compensation, à la différence d’Uber, dont les chauffeurs font des courses ponctuelles contre rémunération.

CCMM – Revenons à InnoBahn. Ubisoft choisit votre solution. Comment se déroule votre collaboration?

M-A. Ducas – L’engagement corporatif d’Ubisoft dans ce projet pilote a été essentiel. Se lancer dans un tel projet représente un risque pour l’entreprise qui le porte, mais Ubisoft a dans son ADN ce goût du risque, en raison de ce qu’elle produit. De ce fait, elle n’a aucun stress à tester de nouveaux projets. Et qui plus est, son besoin était évident.

Passer de la proposition d’une solution à la réalisation de celle-ci nécessite pour la start-up un accompagnement de la grande entreprise. C’est ce qui s’est passé avec Ubisoft. Son équipe était très réactive. Nous avons travaillé avec un groupe d’employés pour tester l’application. Nous avons étudié avec eux leurs problématiques, fait des jumelages et réalisé des améliorations à la suite de leurs apports pour obtenir une version finale de notre produit. La force d’Ubisoft a été notamment de motiver ces personnes à utiliser l’application.

CCMM – Quelles sont les prochaines étapes?

M-A. Ducas – Dès maintenant et pendant quatre mois, 250 employés d’Ubisoft utiliseront l’application. Le but est de traverser l’hiver, une période stratégique pour le transport multimodal, et d’en faire un bilan par la suite.

Nous poussons également, dans nos améliorations, le remboursement du stationnement, qui peut se chiffrer en plusieurs centaines de dollars par mois pour le conducteur. Au cœur de notre réflexion : le parcours du chauffeur, qui part de chez lui pour se rendre à un stationnement, tel que celui de la gare. Pour Netlift, cette dépense doit être fractionnée et remboursée par portion au conducteur. C’est une motivation supplémentaire pour ce dernier.

CCMM – Que retenez-vous d’InnoBahn Ubisoft?

M-A. Ducas – InnoBahn Ubisoft a cette recette gagnante qui permet aux start-ups sélectionnées de passer d’une proposition de produit à une réalisation. C’est un laboratoire dans lequel grandes entreprises et start-ups travaillent ensemble pour trouver des solutions à des problèmes clairement identifiés. Pour les start-ups dont le projet pilote est retenu, c’est une source d’apprentissage incroyable. On met un pied dans l’action.

Au lendemain d’InnoBahn, je recevais un appel d’Hydro-Québec. Nous entrons dans une deuxième phase, où notre modèle économique est finalisé et où une nouvelle cohorte d’entreprises est prête à essayer notre produit.


« InnoBahn Ubisoft a cette recette gagnante qui permet aux start-ups sélectionnées de passer d’une proposition de produit à une réalisation » – Marc-Antoine Ducas

CCMM – Un conseil pour les start-ups qui souhaitent participer à la prochaine édition d’InnoBahn Ubisoft?

M-A. Ducas – Être très clair sur la solution qu’on propose, sur la manière dont elle répondra au problème de la grande entreprise. Ne pas pousser son produit : il faut, avant tout, une solution appropriée aux besoins de son client.

De manière générale, dans le monde de l’entrepreneuriat, il faut savoir définir correctement le problème et s’imposer comme étant la seule solution viable.


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