la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Boeing contre Bombardier : une menace pour l’industrie aéronautique nord-américaine

Texte d’opinion signé par Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et publié dans La Presse+.

Le 25 septembre prochain, le département du Commerce américain rendra sa décision concernant la plainte de Boeing contre Bombardier. Des milliards de dollars sont en jeu. La décision aura des conséquences sur l’industrie aéronautique, tant au Canada qu’aux États-Unis. Bref, les enjeux sont importants.

L’objet du litige est une commande de 75 avions passée à Bombardier par la compagnie américaine Delta Airlines. Selon Boeing, l’appui des gouvernements du Québec et du Canada à la C Series et au Global 7000 ne respecterait pas les règles du commerce international et donnerait un avantage indu à Bombardier.

Une décision défavorable à Bombardier aurait des conséquences désastreuses au Canada, mais également aux États-Unis. L’entreprise pourrait être condamnée à verser des droits compensatoires représentant jusqu’à 80 % du prix payé par Delta pour les avions. Ce n’est pas seulement Bombardier qui serait touchée, mais également son écosystème d’entreprises, dont plusieurs aux États-Unis.

Bombardier : entreprise pilier au Canada ET aux États-Unis

La contribution de Bombardier à la croissance économique du Canada ne fait aucun doute. L’entreprise entraîne au pays des retombées économiques annuelles de plus de 12 milliards de dollars. Ses activités génèrent plus de 10 000 emplois à Montréal et 24 000 au Canada. Ses exportations totalisent 9,1 milliards de dollars par année. Plus largement, le secteur de l’aéronautique est responsable de 70 % des dépenses en recherche et développement au pays.

Ce qui est moins connu, c’est que l’empreinte économique de l’entreprise aux États-Unis est également importante. Au cours des cinq dernières années, Bombardier et ses fournisseurs ont généré des retombées économiques estimées à 14 milliards de dollars américains. Avec près de 7 000 employés répartis dans 17 États et les 22 000 emplois indirects qu’elle supporte, la présence de Bombardier est cruciale pour l’économie de certains États. C’est notamment le cas du Kansas et de la Virginie-Occidentale, où l’entreprise compte plus de 2 000 travailleurs.

Il n’est donc pas surprenant de savoir que plusieurs sénateurs et des membres du Congrès américain ont senti le besoin d’écrire aux autorités américaines pour rappeler l’importance de ne pas négliger l’impact économique de Bombardier au sud de la frontière. 

Préserver le libre-échange et la relation commerciale entre le Canada et les États-Unis

Tous les pays soutiennent leurs fleurons économiques. Il est ainsi normal que nos gouvernements le fassent également.  Ce n’est pas la première fois que l’appui des gouvernements à Bombardier est décrié par ses concurrents. Dans ses différents jugements, l’Organisation mondiale du commerce n’a toutefois jamais jugé que l’aide créait une concurrence déloyale. En s’adressant directement au Congrès américain, la plainte de Boeing prend un caractère politique.

Le litige va bien au-delà de Bombardier. La décision du Congrès pourrait être interprétée comme allant à l’encontre du libre-échange et ainsi complexifier la présente renégociation de l’ALENA.

Compte tenu de l'importance économique du secteur aéronautique pour les deux pays et des retombées générées par ces grands avionneurs, les gouvernements canadien et américain devraient plutôt chercher à collaborer avec Boeing et Bombardier afin de trouver un terrain d’entente et d’apporter une réponse adéquate à ce conflit commercial.